LOUVRE PARISAu début des années 1900, le Louvre était déjà un des plus grands et des plus beaux musées du Monde ! Mais aussi un musée bien mal protégé. On se rappelle par exemple le vol de la Joconde en 1911. La réputation du musée était tel, qu'il arrivait que des journalistes eux même volent certains objets du Louvre, pour ensuite faire un papier déchainé, accusant le manque de sérieux des gardiens ! Un jour, par contre, Roland Dorgelès, journaliste, écrivain, Président de l'académie Goncourt et, à ses heures, farceur professionnel, fit pour ainsi dire... un 'cambriolage à l'envers' !

Un après midi sur la bute Montmartre, il rend visite à son ami et voisin Buzon. Ce dernier est sculpteur et c'est dans l'entrée de son jardin qu'il jette les chutes de ses travaux. Cela fait un jolie tas de gravas en tout genre au milieu duquel, Roland aperçoit une tète de femme sculptée, pour laquelle une montmartroise avait servis de modèle. Les intempéries avaient commencés à changer sa couleur, et son nez était cassé...

- Pourquoi jettes-tu cette splendeur ? lance-t-il à son ami

- tu te moques de moi ?! Je l'ai taillé il y a deux ans et j'ai bousillé le nez !

- huumm.. Moi je te dis que cette magnifique femme a sa place au musée de Louvre, assure-t-il à son ami appuyé par un clin d'œil. Tu me permets de l'emmener ?

Buzon ayant compris que son journaliste de voisin prépare un nouveau coup farfelu, lui fait promettre de ne pas citer son nom dans l'affaire, et lui confit la sculpture à l'appendice nasal manquant... Roland est heureux ! Il va une fois de plus mettre à l'épreuve l'efficacité du Louvre. Il veut également prouver que le public a trop tendance à s'extasier devant ce qu'on lui met sous les yeux sans réfléchir... Alors c'est décidé, il va introduire la tête sculptée par Buson dans le Louvre et l'exposer !

Le jour même il part en repérage au musée. Tel un grand cambrioleur préparant le casse du siècle, il examine, note, observe les gardiens, compare et finalement, choisit la salle de Magnésie, section Gréco-romaine, où sont exposés les fragments du temple d'Éphèse. C'est là qu'il installera son 'authentique' Buzon !

Il envoie un message à Madu, une complice fidèle, pour qu'elle le rejoigne le lendemain au musée. Il lui spécifie qu'elle doit à tout prix emmener son manchon en fourrure, et ce, quelque soit la température dehors. Madu, habituée aux étonnantes demandes de Roland, vient au rdv, lui montre qu'elle a suivis ses consignes en agitant son manchon et Hop ! Il lui glisse à l'intérieur la tete en pierre, et lui dit :

- Soit le plus naturel possible et suit moi...

Les voilà franchissant l'entrée tous les trois, et en quelques instants, sans aucun embarra, la sculpture montmartroise se retrouve à l'intérieure du célèbre musée. Reste maintenant à lui attribuer sa place d'honneur ... Nos deux complices se dirigent vers la salle gréco-romaine, et au moment ou les gardiens regardent ailleurs, Roland place rapidement son objet sur l'étagère centrale d'une vitrine. Parfait ! La cerise sur le gâteau c'est une petite carte descriptive qu'il punaise et où il a écrit :

"N 402 - Tête de divinité - Fouilles de Délos" Magnifique! Si son compère Buzon était là, il pleurerait ... de rire!

La tête reste exposée là, sans que personne ne remarque que ce visage est clandestin! Les jours, les semaines passent, et on imagine les visiteurs prendre des notes, dessiner ou méditer devant ce qu'ils croient être une découverte sur les 'fouilles de Délos' ...

Cela fait maintenant un mois, et c'est le temps qu'il a fallu à Roland pour qu'il résolu de divulger la supercherie. Il invite des amis journalistes à le rejoindre au musée. Une fois tout le petit groupe devant l'objet, il leur narre son absurde exploit qui ne manque pas de faire rire le petit comité. Roland se prépare maintenant au clou du spectacle : le scandale !

Choisissant son moment, il sort subitement la sculpture de la vitrine et s'écrie avec un air dramatique « C'est un FAUX ! Voyez messieurs ! C'est une infamie, cet objet est une escroquerie !» Un gardien lui empoigne alors vigoureusement le bras :

- Posez cet objet immédiatement ! c'est un ordre !

- Je me fou de vos ordres ! cet objet est une honte pour la France !

Les cries ameutent les autres gardiens qui accourent tel une première ligne sur le champ de bataille, le tricorne en avant ! (À l'époque les gardiens étaient habillés en tenu quasi militaires). Il est encerclé ! Le directeur venant d'arriver sur les lieux pour calmer cet esclandre est pris à partie par Roland ! Mais il s'offusque et nie totalement ! Il assure que cette œuvre est une pièce du musée ! Roland n'en revient pas, et il est contraint de quitter les lieux sur le champ ...

Roland écrira plus tard au musée pour expliquer son canular, et priera qu'on lui rende la tête sculptée. Niet ! Le musée ne la jamais rendu!

Peut-être bien qu'elle côtois encore, dans quelque boites, des sœurs en pierre, beaucoup plus vielles, qui lui expliquent combien de siècles encore elle doit attendre avant d'entrer dans l'histoire ...

Dans tout les cas, c'est dans l'histoire des Canulars qu'est entré l'exploit burlesque de Roland Dorgelès. Et se soir là, on fêta sur la butte Montmartre le privilège de boire un verre avec l'ami Buzon, qui entra de son vivant au Louvre!

 

ILLUSTRATION DU LOUVRE: Merci à CHEN LIN - Digital Artist  http://cl.daportfolio.com/

Google Book – dictionnaire amoureux du Louvre –Pierre Rosenberg / Google Book - Roland Dorgelès- vie littéraire- par Micheline Dupray / Google Book - Paris Mystérieux-Dominique Lesbros.