Dimanche 20 Août 1911, dans le Louvre, un individu caché dans un placard s'apprête à y passer la nuit... Se brossant du bout des doigts sa moustache 'Hercule Poirot' il pense à son plan du lendemain ... oh rien de bien compliqué, juste ... voler la Joconde !

Lundi 21 Août, le musée est fermé ce jour-là. Seuls peuvent venir peintres, sculpteurs et autres déssinateurs qui s'exercent grâce aux œuvres exposées. C'est le cas d'un peintre qui a décidé aujourd'hui de reproduire le fameux tableau de Léonard de Vinci. Mais en arrivant sur les lieux, au lieu d'une Mona Lisa les bras croisés faisant risette, ce sont deux clous au milieu du mur qui l'accueillent. Il hèle alors un gardien a l'autre bout, et celui-ci placidement lui répond : « aaaah, lorsque les femmes ne sont pas avec leurs amoureux elles sont avec leurs photographes ! » On appelle le photographe du musée, mais... non, il n'y est pour rien... un frisson parcourt alors le dos du gardien. Elle n'est pas chez le photographe, elle n'est pas à sa place sur le mur... un éclair déchire le ciel ! Elle a disparu !

Le préfet de Paris, Lépine, est prévenu! Il accourt à toutes jambes avec une cohorte de 60 inspecteurs et 100 gendarmes ! (on fait croire aux badauds qu'il y a une rupture des canalisations dans le musée.) Le Louvre est bouclé, on le passe au tamis pendant 7 jours, mais tout ce qu'on trouve, c'est le cadre en verre du tableau abandonné dans la cage d'escalier avec une empreinte de pouce dessus. On la compare avec celles de chaque employé, 257 ! Ça ne colle pas ! Les enquêteurs soupçonnent alors tout le monde !

''C'est un coup des allemands !''  ''C'est la Belgique !''  ''Ce sont les journalistes* qui se payent nos têtes !'' (*
Voir 'Vol a l'envers')

Puis, on se rappelle qu'un poète parisien, du nom de Guillaume Apollinaire, avait crié récemment à qui voulait l'entendre, qu'il faudrait brûler le Louvre ! Bien ! Ni une ni deux, on frappe chez lui, les menottes et Hop en garde à vue ! Bien sûr, le poète n'a pas le tableau, mais ... on retrouve tout de même chez lui et du même coup chez son ami Pablo Picasso, des statuettes ! Et il s'avère qu'elles ont bien été volées au Louvre ! En fait, c'était le secrétaire d'Apollinaire, Géry Pierret, qui avait commis ce vol et les avait refilées aux deux artistes (Picasso s'inspira d'ailleurs des statuettes pour son tableau 'les demoiselles d'Avignon'). Finalement, ils sont innocentés car Géry ne leur avait pas dit d'où venaient ces objets. Bien! Mais toujours pas de Mona Lisa !

On continu les recherches, on écoute tous les témoignages, même les plus farfelus, (1) on encaisse les moqueries, (le directeur du musée lui, démissionne), finalement on se résigne... La Joconde est perdue, peut-être à jamais. Mais les visiteurs du musée, loin de tarir, continuent d'affluer en masse pour venir voir l'emplacement vide du tableau ! Une femme déposera des fleurs à cet endroit, en deuil ! Une autre, hystérique, criera en poussant la foule « Je suis Mona Lisa, je dois regagner mon cadre ! »

Au fil des mois, l'histoire s'éteint légèrement, (en 1912 on ne parle plus que du TITANIC qui vient de sombrer). Mais voilà qu'en 1913, à Florence, un antiquaire reçoit un courrier d'un certain 'Léonardo', qui lui demande de venir le rejoindre dans sa chambre d'hôtel pour lui proposer une œuvre exceptionnelle ! Accompagné par le directeur du musée de Florence, il se rend au rdv. L'homme sort alors de sous son lit une valise, il la vide des objets divers qu'elle contient, puis, décroche un double fond qui laisse apparaitre Mona Lisa souriant aux deux hommes hébétés de stupeur ! On l'examine. C'est bel et bien la Joconde !

« - Ne bougez pas signore ! On revient subito ! »

« - Va bene ! Va bene ! » Notre homme se frotte les mains !

Quelques instants plus tard ! Toc toc toc ! Les acheteurs reviennent. Il leur ouvre, la moustache en joie, et ... « POLIZIA !! » (3) L'homme est arrêté ! Il est italien, s'appelle Vincenzo Péruggia et... il raconte tout :

Il y a deux ans, en France, alors qu'il travail comme peintre en bâtiment et vitrier, il est embauché par le musée du Louvre pour sécuriser certains tableaux en leur appliquant des cadres en verres. Là, l'idée lui prend en voyant le chef d'œuvre italien, de le restituer à son pays d'origine pour venger le fait que Napoléon l'avait volé et ramené en France! (2) Humm! Grosse lacune Historique ... Bref ! Voilà pourquoi il se retrouve avec deux complices, caché dans un placard. Dans la nuit, ils sortent de leurs tanière et, l'un faisant le guet, un autre tenant une lampe, Vincenzo décroche le tableau du mur, lui retire sa protection de verre qu'il a lui même confectionné, enlève le cadre et ... attend lundi matin.

PERUGGIA - JOCONDE - VOLLe lendemain, à 9h, des ouvriers exécutant un chantier arrivent dans leur tenue de travail : des blouses blanches. C'est précisément ce que Vincenzo a mis sur lui pour se promener en toute discrétion : une blouse blanche. Pratique également pour dissimuler le tableau vous direz vous ! Oui, mais ce n'est sûrement pas 'roulée' dans une manche qu'il sortira l'œuvre au dehors ! Pourquoi ? Pour la simple raison que Léonard n'a pas peint la Joconde sur une toile, mais sur un panneau de bois de peuplier. Aussi incroyable que cela puisse être, il va sortir du musée avec le tableau de 77 X 53 cm sous le bras ... Tranquillement...

D'abord, il essaie de sortir par la porte qui donne sur une des cours, mais Crack ! La poignée lui reste dans la main ! Pris au piège ?? A l'extérieur, un ouvrier qui croit voir un stagiaire lui ouvre gentiment la porte et, Ciao tutti ! Il sort dans la rue, jette la poignée de porte qu'il avait gardėe dans la main, et fait traverser Paris à Mona Lisa pour la ramener chez lui, dans sa chambre de bonne, au 5 rue de l'Hôpital-Saint-Louis. C'est là qu'elle restera, dans une valise, sous son lit, jusqu'à qu'il l'emmène à Florence ...

On découvrira que Vincenzo avait été interrogé deux ans plus tôt, comme tout le monde, mais l'on n'avait pas comparé son empreinte, qui était pourtant connue des services de police. On avait même été chez lui pour l'interroger et on s'était assis pour l'interrogatoire sur son lit ! Mais il paraissait si banal, si honnête... Vincenzo Péruggia sera jugé en Italie, et c'est bien là sa chance, car à son procès, il toucha le cœur de l'opinion public en passant pour un grand Patriote ! Son geste fut salué comme héroïque par les Italiens ! Même s'il dénonça de-suite ses deux complices, les frères Lancelloti qui habitaient le même immeuble que lui, il passa pour un Brave ! Il sera condamné à une peine minime de 12 mois de Prison, qui sera réduite à 7. A sa sortie il se mariera et sera la coqueluche des journalistes. Il dira de lui-même :

« j'ai volé la Joconde, je suis un type dans le genre de Napoléon. »

Son petit-fils aujourd'hui continu de narrer son exploit, et il y a aussi sur la façade de sa maison natale en Italie une plaque ou il est écrit : « Ici naquît le 8 aout 1881 Vincenzo Péruggia, celui qui vola la Joconde de Leonard de Vinci ! »

Quant à Mme Lisa, elle fut exposée un temps à Florence, puis à Rome où le roi d'Italie vint la saluer, et elle rentra en première classe pour la France ou elle retrouva son musée-palais et une notoriété jamais égalée, jusqu'à en faire l'icône de l'art mondiale !

 



1. Témoignages farfelus concernant le vol :

- Un jeune garçon a été voir les Journalistes, affirmant avoir repéré un groupe d'hommes près du musée qui chuchotaient entre eux ... on découvrit plus tard qu'il avait menti pour ne pas aller au lycée et échapper à un contrôle de géographie.

- En aval du pont des arts, on trouva une bouteille flottant avec une lettre à l'intérieure, elle disait : « qu'on ne cherche plus la Joconde, elle est chez moi, rue du Pélican. Ne pouvant m'en défaire, sans un sou, miséreux, je l'ai détruite et mise en morceaux. Je me tue. »

2. Vincenzo affirme (peut-être conseillé par son avocat) que c'est par pur patriotisme qu'il a agi et qu'il voulait venger tous les vols commis par Napoléon Bonaparte en Italie. Mais la Joconde est à la France depuis 1519 à la mort de Léonard. Le roi François 1er lui a acheté 4000 écus d'or. (Par contre il est vrai que Bonaparte s'est bien servit en œuvre d'art lors de sa campagne militaire en Italie en 1796.. comme disent les Italiens « il a pris uno 'buono-parte'»

3. L'hôtel de Florence où fut arrêté Vincenzo a été rebaptisé 'Hôtel Giocondo'.



 
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